La Bête du Gévaudan.

Du 30 juin 1764 au 19 juin 1767,
entre 82 et 124 personnes furent victimes de la Bête du Gévaudan !

La Bête du Gévaudan qui sévit en Lozère au cours du XVIIIème, n’a toujours pas révélé son mystère. Aujourd’hui encore, à travers les nombreuses archives relatant cette période trouble, elle fascine autant qu’elle intrigue, marquant à jamais l’Histoire du Gévaudan.

Le Gévaudan.

Les attaques eurent lieu dans un vaste territoire qui recouvre aujourd’hui les départements de la Lozère, du Cantal et de la Haute-Loire.
Dès l’origine, ces évènements vont prendre une ampleur considérable du fait d’une médiatisation internationale sans équivalent !
Des gravures de la Bête sont publiées partout, de Paris à San Francisco !

Ce n’est pas dû au rôle majeur du territoire dans la vie du Royaume de France.
Le Gévaudan est une terre d’élevage assez pauvre.
Le nord où sévit la Bête se sépare entre le plateau de l’Aubrac et les monts de la Margeride.
Loin d’être aussi boisé qu’aujourd’hui, ce vaste territoire se compose de landes et de prairies que ponctuent des bosquets et quelques maigres forêts (Mercoire, de La Tenazeyre, bois de Pommier…).

Les bergers n’avaient pas peur des loups.                                                      Tous ont lancé leurs chiens aux trousses de ces voleurs de moutons.                                           Quant aux petits gardiens de troupeaux qui ne possédaient pas de chiens, ils couraient eux-mêmes sus aux loups avec leur bâton en criant, ou bien ils leur jetaient des pierres.     Et les loups animaux timides, beaucoup plus timides qu’on ne le croit, s’enfuyaient, tenaillés par la faim, mais avec, peut-être, l’espoir de trouver ailleurs une proie moins gardée.

Mais le 30 juin 1764, tout changea ! 

Une adolescente de 14 ans, Jeanne Boulet, de la paroisse de Saint-Etienne de Lugdarès en Vivarais, non loin de Langogne, fut tuée par une « Bête féroce» au hameau des Hubacs, alors qu’elle gardait des vaches.            
Considérée comme la première victime de la Bête du Gévaudan, la petite victime devait être ensevelie le 1er Juillet 1764. 

                               

Acte de sépulture de Jeanne Boulet à St Étienne-de-Lugdarès (Ardèche).
« L’an 1764 et le 1er juillet a été anterrée Jeane Boulet sans sacremens, ayant été tuée par la bette féroce présans Joseph Vigi(er) et Jean Rebour ».

On parla beaucoup de ce meurtre, mais les nouvelles n’allaient pas vite il y a deux siècles et plus, et l’on ne fit pas tout de suite le rapprochement avec un second meurtre : une fille de 15 ans tuée le 8 août au Mas Méjean, paroisse de Puylaurent.                         
A la fin de ce mois c’est un garçon de 15 ans de Cheylard l’Evêque qui est tué ; le 1er septembre, un autre garçon de 15 ans est trouvé mort ; il était de Chaudeyrac.                         
Cinq jours plus tard, c’était une femme âgée de 36 ans, égorgée dans son jardin des Estrets, paroisse d’Arzenc de Randon….                   
C’était le début d’une longue série de meurtres.
Dans les premiers mois, on recense plus de 20 attaques attribuées à la Bête, dont 17 mortelles.

Pendant trois années, jusqu’au 19 juin 1767, la Bête du Gévaudan tua une centaine de personnes, et probablement davantage.                     Sa dernière victime, un enfant fut tué la veille de cette date.

La presse explique l’ampleur de cette affaire.

La fin de la guerre de Sept Ans laisse un vide béant dans les éditoriaux des gazettes, jusqu’à ce que la Gazette d’Avignon s’empare de l’affaire.
Son rédacteur sut habilement broder autour des nouvelles assez lacunaires qui provenaient du terrain.       Mélange de peur, de sensationnel, de fantasme et de surnaturel, il s’agit du premier fait divers du royaume.      Cet événement fait, à l’époque, l’objet de nombreux articles dans les gazettes.                                                    Sa renommée dépasse les frontières du Royaume de France pour atteindre l’Angleterre et les états allemands, l’Amérique la Russie…

Cette pression médiatique poussa le roi, Louis XV, à l’action.            Discrédité par la perte du conflit, il doit affirmer sa capacité à protéger le Royaume.

Gabriel-Florent de Choiseul-Beaupréévêque de Mende et comte de Gévaudan.
Portrait conservé dans l’abbaye de Saint-Papoul.

Par ailleurs, l’influence de la famille Choiseul ne doit pas être sous-estimée dans cette affaire.
En effet, si le duc Etienne-François de Choiseul est le plus proche ministre du Roi, son cousin n’est autre que le comte-évêque de Gévaudan : Gabriel-Florent de Choiseul-Beaupré.

Dans un texte resté célèbre sous le nom du « Mandement de l’évêque de Mende« , ce dernier qualifie cette bête de fléau divin et donne donc une dimension mystique à cette affaire.
Cet écrit, qui doit être lu par les prêtres à la messe, clame que la Bête est un fléau de Dieu qui l’a envoyée pour punir les parents de leurs péchés en dévorant leurs enfants. Il les incite à prier et faire acte de repentance. Des processions religieuses seront d’ailleurs organisées.
En tant que représentant du pouvoir temporel, l’évêque assure, par le biais de ses services, un suivi dans la traque, et l’envoi du porte-arquebusier du roi n’est sans doute pas étrangère à ses relations avec son cousin.

Les États du Languedoc promettent une prime de 2 000 livres de récompense, le roi en promet 10 000 (soit mille fois plus que la prime dévolue au chasseur d’un loup ordinaire) à celui qui trucidera la Bête. 

On va recourir aussi à des armes et munitions modernes, à des pièges (un ministre fait distribuer un mémoire sur la destruction des loups) ainsi qu’à l’empoisonnement, en dispersant des cadavres d’animaux bourrés de noix vomique, riche en strychnine.

Mais ces chasses sont inefficaces, alors on fait venir des spécialistes.

De nombreuses battues sont organisées et un grand nombre de loups éliminés, mais pas la bête…

Le 3 Novembre 1764, ce furent 56 dragons qui, sous la conduite de Duhamel arrivaient à Mende.        Deux jours plus tard ils s’installaient à Saint-Chély d’Apcher, pour être plus proches des lieux où la bête du Gévaudan exerçait ses ravages. Duhamel organisa de grandes chasses, des battues auxquelles participaient des centaines, voires des milliers de paysans.                                                  Ces battues se déroulaient, essentiellement dans la forêt de Mercoire, et semblait repousser la Bête en Margeride, mais ne décourageaient pas la Bête et l’on s’étonnait, à bon droit d’ailleurs, du fait que lorsqu’une chasse se déroulait dans un secteur, la Bête commettait un nouveau crime à plusieurs lieux de là, comme si elle avait été prévenue.

En attendant, les attaques continuent, certaines mortelles, d’autres, comme celui d’un vacher, sont un échec pour la Bête qui est repoussée par ses vaches.

L’année 1765 sera particulièrement meurtrière puisqu’on compte 84 attaques dont 38 mortelles.

Certaines attaques paraissent étranges, comme des décapitation ou des victimes dénudés avec les
vêtements pliés à côté des corps.

Un jour notre bête du Gévaudan eut à faire à forte partie, ceci grâce au courage d’un jeune garçon nommé Jacques Portefaix avec la participation de six autres jeunes enfants.                           Ces enfants étaient tous armés d’un bâton au bout duquel ils avaient attaché une lame de couteau.               Ils réussirent à faire fuire la Bête qui les avaient attaquée.  

 

Illustration du combat de Jacques Portefaix et ses compagnons contre la Bête. L’un des enfants tient sa joue, en partie arrachée par l’animal. Paris, BnF, 1764.

Plusieurs lettres font état de la désinvolture des dragons.

Les gens se plaignaient que les dragons étaient sans ordre et sans discipline, partout où ils passaient, ils foulaient sans ménagement les récoltes, se faisant fournir à discrétion, et par la force, les vivres et les fourrages dont ils avaient besoin.
De plus, ils devaient participer aux battues par n’importe quel temps, sans armes et chaussés de sabots.

Comme Duhamel, qui se dépensait cependant beaucoup, ne parvenait pas à débarrasser le pays de cette bête, la mauvaise humeur des paysans se retourna contre lui et il dut quitter le Gévaudan.

Représentation de la Bête furieuse que l’on suppose être une hyène…. Estampe coloriée, BnF, recueil Magné de Marolles, vers 1765.

En février 1765, un Louvetier remarquable, M. Denneval d’Alençon, lui succéda, il était le plus remarquable chasseur de loups de France.                                                        Il en avait tué disait-on, 1200.                Il arriva donc pleinement décontracté, certain qu’en quelques jours il abattrait son 1201ème loup et que, du même coup il débarrasserait le Gévaudan de cette terrible Bête.
Les choses n’allèrent pourtant pas aussi vite que tout le monde le souhaitait et les Denneval ne s’étaient pas mis seulement les paysans à dos, qu’ils indisposaient parce qu’ils les réquisitionnaient trop souvent, mais encore les autorités civiles et les notabilités locales.

En mars 1765, Jeanne Marlet, femme de Pierre Jouve, domiciliée au mas de la Vessière, sur la paroisse de Saint-Alban, se tient devant sa maison avec trois de ses enfants. Alertée par un bruit, elle s’aperçoit que sa fille de 9 ans vient d’être saisie par la Bête, surgie par-dessus la muraille. La fille Jouve tenait le plus jeune des garçons, âgé de 14 mois environ. Jeanne Jouve se jette sur la Bête et parvient à lui faire lâcher prise. La Bête revient à la charge sur le plus jeune des enfants. Elle ne peut l’atteindre car sa mère le protège. La Bête se jette alors sur l’autre garçon, Jean-Pierre, âgé de 6 ans. Elle le saisit par le bras et l’emporte. Jeanne Jouve se jette à nouveau sur la Bête. S’ensuit un long combat où Jeanne est jetée au sol, griffée et mordue à plusieurs reprises. La Bête, qui tient toujours Jean-Pierre, parvient à s’échapper. Elle se trouve face aux deux aînés Jouve, qui partaient mener paître le troupeau. Ils parviennent à libérer leur frère cadet et mettent la Bête en fuite. Hélas, Jean-Pierre succombera à ses blessures cinq jours plus tard. En récompense de son acte héroïque, Jeanne Jouve recevra du roi une gratification de 300 livres.

Le 14 mars 1765, Jeanne Jouve tente d’arracher son enfant des crocs de la Bête.
Gravure de François Grenier de Saint-Martin, Journal des chasseurs, octobre 1839 – septembre 1840.

Au courant de ce qui se tramait contre eux, les Denneval réagirent en multipliant les battues, qu’ils organisaient alors le dimanche et les jours de fête, ils y participèrent avec plus d’entrain.                                 Malgré ce, ils ne parvinrent pas à mettre un terme aux massacres occasionnés par la bête du Gévaudan. Des plaintes parvinrent au roi Louis XV, qui prenait un tel intérêt au sort des malheureuses populations du Gévaudan qu’il n’hésita pas à se séparer d’Antoine de Beauterne, son porte arquebuse et lieutenant des chasses, pour l’envoyer courir sus à la dévorante.

Dessin de 1765 envoyé à la Cour représentant l’animal féroce qui ravage le Gévaudan depuis 1764. Archives départementales de l’Hérault C 44-2.

Le 8 Juin 1765, Antoine et sa troupe parmi laquelle figurait son fils cadet, quittaient Versailles, ils arrivèrent le 22 juin au Malzieu.

Antoine n’était pas partisan des battues ; il préférait poster ses hommes dans les affûts, deux par deux, pendant la nuit.                 L’entente ne pouvait se réaliser entre Antoine et les Denneval et ces derniers furent rappelés.                      Ils devaient quitter le Malzieu le 18 Juillet après avoir complètement échoué dans leur mission.          Antoine avait la réputation d’un homme extrêmement bon et il sut s’attirer la sympathie des paysans. Mais Antoine était déconcerté par le nombre de meurtres que la Bête du Gévaudan pouvait commettre et il était pressé d’en finir, d’autant que son service le rappelait auprès du Roi, et qu’il n’avait encore rien fait de positif.

Le dimanche 11 août, il organise une grande battue. Pourtant, cette date est marquée par l’exploit de « la Pucelle du Gévaudan ».
Marie-Jeanne Vallet, âgée d’environ 20 ans,  était la servante du curé de Paulhac.
Alors qu’elle emprunte, en compagnie d’autres paysannes, une passerelle pour franchir un petit cours d’eau, elles sont attaquées par la Bête.
Les filles font quelques pas de recul, mais la Bête se jette sur Marie-Jeanne.
Cette dernière arrive alors à lui planter sa lance dans le poitrail.
La Bête se laisse alors tomber dans la rivière et disparaît dans le bois.
L’histoire parvient rapidement à Antoine, qui se rend alors sur les lieux pour constater que la lance est effectivement couverte de sang, et que les traces retrouvées sont similaires à celle de la Bête.
C’est dans une lettre au ministre qu’il surnomme Marie-Jeanne Vallet la « pucelle du Gévaudan ».

Le 20 septembre 1765, François Antoine et son garde Rinchard tirent et abattent un « gros loup » dans un bois de l’abbaye royale des Chazes, au bois du Pommier, près des gorges de l’Allier.                                           Disséqué par le chirurgien de Saugues puis naturalisé à Clermont-Ferrand, l’animal est présenté à la cour du roi. Sur place, François Antoine tue ensuite la louve et les louveteaux.        Le loup des Chazes étant bien la Bête, François Antoine rentre à Versailles, et obtient de rajouter sur son blason un « loup mourant » symbolisant la Bête. L’animal est conservé au Muséum puis détruit dans les années 1910…

Officiellement, la bête est morte et le roi ne veut plus en entendre parler.  Mais les meurtres reprennent…

On renouvelle une campagne d’empoisonnement. De fin avril à début juin 1767 se produit même une attaque en série de la Bête, paniquant la population qui organise des pèlerinages.

Le marquis d’Apchier.

En juin 1767, le marquis d’Apcher mène une battue, sur le Mont Mouchet dans le bois de la Ténazeire, accompagné de quelques volontaires voisins, dont Jean Chastel, un cabaretier de La Besseyre-Saint-Mary, et réputé excellent chasseur. Ce dernier, posté sur la Sogne-d’Auvert, près de Saugues, un marécage situé en lisière de la forêt coiffant le mont Mouchet, voit la Bête venir à lui. Comme celle-ci reste immobile, Chastel épaule, vise et tire…

François Antoine lors de la chasse des Chazes.
Cuivre chez Maillet à Paris, sans date.
Présentation du loup des Chazes à la cour de Versailles. Coiffé d’un tricorne, Antoine de Beauterne, fils cadet de François Antoine, est représenté à gauche de la gravure. Au centre, Louis XV palpe la bête naturalisée. La reine Marie Leszczynska se tient à la droite du souverain,
Gravure publiée chez Mandare.

La Bête est morte !

Représentation de la Bête féroce nommée hiene…. Dix représentations des méfaits de la Bête encadrent la scène centrale qui dépeint la « Pucelle de Paulhac » perçant son agresseur de sa baïonnette. Estampe coloriée, BnF, recueil Magné de Marolles, vers 1765.

Sa dépouille, chargée sur un cheval, est aussitôt portée au château de Besques. L’animal est autopsié par le chirurgien de Saugues qui trouve dans son estomac des os de moutons et une tête de fémur humain. Empaillé, il est ensuite emporté pour être montré au roi. Qui, finalement, ne le verra pas.

À Paris, Buffon l’examine, malgré les vers et la puanteur, et conclut à « un gros loup » !

L’animal aurait été ensuite enterré dans un jardin à Paris, sans qu’aucun de ses restes soit conservé au Muséum ! 

Maigrement récompensé par le roi, Jean Chastel fut, en revanche, porté en héros, par tous les habitants de la province du Gévaudan.

Reste la question principale : quelle est la nature de cet être monstrueux ?

Portrait de la hyène, bête féroce…. Gravure, BnF, recueil Magné de Marolles, vers 1765.

Loup, hybride entre loup et chien, animal exotique (lynx, ours, hyène, glouton, thylacine, singe cynocéphale), chien vêtu d’une cuirasse et dressé pour attaquer l’homme, loup-garou (homme transformé en loup), voire fou sadique ou tueur en série.

« Figure du Monstre qui désole le Gévaudan ».
Gravure sur cuivre de 1764-1765.

« Toutes ces hypothèses ne résistent pas longtemps à un examen sérieux des sources écrites disponibles, tempère Bernard Soulier, érudit local spécialiste de la question. Mais la décapitation d’au moins quinze victimes reste, à ce jour, inexpliquée », reconnaît-il.

Pour Gérard Ménatory fondateur du parc Les Loups du Gévaudan :

« Ce qui est difficile à croire, c’est qu’un loup ait attaqué systématiquement bergers et bergères, car un loup imprégné ou non s’en prendra toujours en priorité aux moutons. Par ailleurs, un loup élevé dans de telles conditions (élevé par Antoine Chastel) n’aurait pas fui devant les chasseurs, puisqu’il n’aurait vraiment eu aucune raison d’en avoir peur, et jamais il n’aurait été nécessaire de le chasser pendant trois ans.
Peut-on supposer que Chastel ait eu l’occasion d’élever un produit du croisement entre un chien et une louve, ou vice versa ? Ce n’est pas impossible, mais là encore il faut savoir que ces hybrides sont généralement moins agressifs que les parents dont ils sont issus.

Il reste comme animal possible une hyène.
Une hyène élevée par Antoine Chastel alors qu’il était garçon de ménagerie en Afrique. Une hyène qui aurait été le mâtin des historiens. Durant son séjour en Afrique, Antoine Chastel avait eu tout le temps d’apprivoiser une jeune hyène ; il peu l’avoir élevée comme un chien lorsqu’elle a été sevrée. Une hyène sauvage n’aurait pas pu être la Bête du Gévaudan, mais une hyène vivant aux côtés de Chastel aurait pu très bien être la Bête. »

« Cette bête du Gévaudan que pour toutes les raisons invoquées Chastel n’avait pas la possibilité de nourrir. Alors cette hyène pouvait s’attaquer aux petits gardeurs de troupeaux. Une hyène est capable d’agresser des êtres humains, à condition qu’ils ne soient pas en force ; il est plus dans le comportement d’une hyène de commettre de tels méfaits que dans celui d’un loup ou de deux ou trois loups.

Dans cette association redoutable qui a commencé à tuer ? Quel était le rôle de chacun ? Difficile à dire. Mais entre un homme vivant seul, émasculé, mourant de faim et la bête, il y a certainement un lien très étroit. Qui a commencé ? La hyène, peut-être, qui ayant une première fois échappé à son maître a tué une bergère. Peut-être, qui sait Chastel n’a-t-il pris aucune part à ces crimes. Il en aurait eu simplement connaissance et dans cette hypothèse on ne pourrait que lui reprocher d’avoir été complice passif. Antoine Chastel, en somme, couvrait sa hyène. Il la défendait contre les dragons, contre tous ceux qui, avec plus ou moins d’ardeur, participaient aux battues. Bien souvent la Bête du Gévaudan disparaissait mystérieusement, où allait-elle ? Vraisemblablement elle trouvait refuge auprès de son maitre. »

Les premières théories accusant un homme remontent au début du XXème siècle.

Le comte de Morangiès, un grand seigneur local, est pointé du doigt. C’est cette thèse qui a inspiré le film Le Pacte des loups, sorti en 2001. Pour André Aubazac, auteur de plusieurs ouvrages sur l’affaire, le coupable est tout autre. Il s’agit de Pierre Chastel, le frère de Jean. Deux fois veuf, Pierre aurait cherché à se remarier. Sans succès. Il se serait vengé sur les familles des épouses potentielles, aidé par deux de ses fils dans sa macabre besogne. Pourquoi n’a-t-il jamais été neutralisé ? Pour Aubazac, il faut regarder en direction des hautes sphères du pouvoir. En 1764, le duc de Choiseul, chef du gouvernement de Louis XV, nomme un nouvel archevêque, François Joachim de Bernis. Ce dernier est le fils… d’une Chastel, parente de Jean et de Pierre. Pas question de voir sa belle ascension sociale entachée d’un tel scandale !

Une thèse séduisante… mais impossible pour Bernard Soulier. Né dans un hameau à 2 km du lieu où Chastel a tué la Bête, il se passionne pour l’affaire depuis qu’il est petit. « Tous les écrits parlent d’un animal, affirme-t-il. Si c’était un homme, ils l’auraient dit ! »

Toujours est-il que, si certains doutent de la responsabilité d’un criminel à quatre pattes, certaines questions ne sont pas résolues :

*Pourquoi les moutons n’ont-ils pas été inquiétés ? *Pourquoi des corps étaient-ils décapités et retrouvés dans des postures étranges ? *Un enfant aurait même été enlevé dans une cour fermée. *Et pourquoi les attaques se déroulaient-elles parfois à de grandes distances les unes des autres dans un court laps de temps ?

Les questions restent posées…

Aujourd’hui, si le loup est présent en Gévaudan, la Bête ne rôde plus que dans la mémoire collective et les projets de développement culturel et touristique du pays. Ainsi peut-on voir de nombreuses sculptures en métal, bronze ou bois sur les places de village (Auvers, Le Malzieu-Ville, Aumont-Aubrac) ou en bord de route (Saint-Chély-d’Apcher, Saint-Privat-d’Allier). De même que des croix en pierre, commémorant l’endroit où des hommes, des femmes et des enfants ont été blessés ou ont perdu la vie, ou bien des stèles comme celle de Jean Chastel, le « vainqueur de la Bête » à La Besseyre-Saint-Mary. On peut aussi déguster des produits locaux à l’effigie de la Bête (charcuterie à Saint-Chély-d’Apcher, chocolats et caramels à Mende).

Toutes les librairies locales présentent en vitrine des livres sur la Bête, y compris La Gazette de la Bête, revue annuelle animée par Bernard Soulier, et les musées, la Maison de la Bête à Auvers et le Musée fantastique de la Bête du Gévaudan à Saugues créé par Jean Richard, battent le plein durant la saison estivale. Chaque année, au mois d’août, le char de la Bête ouvre le corso fleuri de Mende.

La Bête a également inspiré de nombreux cinéastes. Notamment Le Pacte des loups, de Christophe Gans (2001), avec Samuel Le Bihan et Vincent Cassel, qui est une adaptation très libre de l’histoire et emprunte la théorie du complot au moyen d’un fauve exotique conditionné à tuer. Ou bien La Bête du Gévaudan (2003), téléfilm de Patrick Volson, entouré de Jean-François Stévenin et Guillaume Gallienne, qui reprend à la fois les hypothèses du loup et du fou sadique.

L’histoire et sa légende sont aussi une source d’inspiration artistique, des pièces de théâtre, des romans, des BD…

En attendant que la vérité de la Bête jaillisse un jour, le loup sauvage (Canis lupus italicus) est de retour sur les plateaux forestiers de la Margeride.

Espérons que s’il s’y installe, il n’engendre pas autant d’inquiétudes et de souffrances qu’il y a 250 ans.

  • CHABROL Jean-Paul, La bête des Cevennes et la bête du Gévaudan en 50 questions, Editions Alcide, 2018.
  • MAURICEAU Jean-Marc, La Bête du Gévaudan, Larousse, Paris, 2008. 
  • MAURICEAU Jean-Marc, La Bête du Gévaudan, la fin de l’énigme ?, Editions Ouest France, 2015. 
  • SOULIER Bernard, Sur les traces de la bête du Gévaudan et de ses victimes, Editions du cygne, Paris, 2011. 
  • MAURICEAU Jean-Marc & MADELINE Philippe, Repenser le sauvage grâce au retour du loup : les sciences humaines interpellées, Presses universitaires de Caen, coll. « Bibliothèque du Pôle rural » (no 2), 2010

https://www.mende-coeur-lozere.fr/decouvrir-lessentiel/du-temps-du-gevaudan/bete-du-gevaudan/

https://www.loupsdugevaudan.com/decouvrir-les-loups/la-bete-du-gevaudan/

https://www.archivesdepartementales.puy-de-dome.fr/archive/exposition/voir/14/22588

https://fr.wikipedia.org/wiki/B%C3%AAte_du_G%C3%A9vaudan

https://www.tourisme-occitanie.com/a-voir-a-faire/bete-du-gevaudan-et-si-menait-l-enquete-en-lozere

https://www.francebleu.fr/amp/infos/culture-loisirs/terre-de-cevennes-la-bete-du-gevaudan-la-fin-de-la-traque-3-3-1540570990

https://www.lexilogos.com/gevaudan.htm

https://youtu.be/5CgE6iDo4x8

https://youtu.be/fopZ6QYHEfc

https://youtu.be/lQ94b02Pjdg

https://player.tf1.fr/static/1.0.84/frame.html?mediaID=13762432&context=ONEINFO_AMP&autoStart=1&paramsTags=%7B%22name%22%3A%22verticale_mag-life%3A%3A2176075_video-a-la-decouverte-de-la-lozere-sur-les-traces-de-la-bete-du-gevaudan%22%2C%22level2%22%3A4%7D#amp=1

https://www.google.com/search?q=la+bete+du+gevaudan&client=ms-android-samsung-ga-rev1&prmd=ivn&sxsrf=ALeKk02vzzS9TSCIQb3OcGAORiVa8usujA:1618920448689&source=lnms&tbm=vid&sa=X&ved=2ahUKEwjbrY3S5IzwAhWrxIUKHTRTAG0Q_AUoAnoECAMQAg&biw=360&bih=612&dpr=3#fpstate=ive&vld=cid:34fe9331,vid:5CgE6iDo4x8,st:0

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