L’affaire des poisons.

Série de scandales impliquant des empoisonnements survenus entre 1675 et 1682, sous le règne de Louis XIV, et qui secouèrent Paris et la Cour. Plusieurs personnalités éminentes de l’aristocratie furent impliquées, et ces affaires installèrent un climat hystérique de « chasse aux sorcières » et aux empoisonneuses.

Si l’on en croit Saint-Simon,  » il y a des modes de crimes comme d’habits « .
Au XVIIe siècle, c’est le poison qui est en vogue, au point qu’on le voit partout.
La rumeur commence avec la mort brutale d’Henriette d’Angleterre, 26 ans, épouse de Monsieur ; après avoir bu un verre d’eau de chicorée, elle se tord de douleur et succombe en quelques heures.

Henriette d’Angleterre (1644-1670).

La soudaineté de l’événement fait s’écrier Bossuet :  » Madame se meurt, Madame est morte.  » Nous sommes en 1670. Louis XIV a 32 ans.

Louis XIV, roi de France (1638-1715). Vers 1670 Anonyme.


La mort de sa belle-soeur, dont on le dit épris, le bouleverse. Il commande discrètement une enquéte au lieutenant de police La Reynie.

Gabriel Nicolas de La Reynie,
portrait peint par Pierre Mignard.

L’hypothèse de l’empoisonnement ne tient pas.

En 1675, une nouvelle affaire défraie la chronique.
La marquise de Brinvilliers, soupçonnée depuis un bon moment d’avoir empoisonné père et frères afin de hâter la succession à son profit, est finalement arrétée et traduite en justice.
Le scandale est énorme, car la dame est fille d’un conseiller d’Etat.
Malgré les preuves qui l’accablent, elle n’avoue rien lors de son procès, mais la police met au jour un réseau criminel où se retrouvent à la fois des empoisonneurs, des sorciers, des alchimistes, des avorteuses.

Charles Le BrunPortrait de la marquise de Brinvilliers (1676), Parismusée du Louvre.
Dessin réalisé le jour de son exécution, seul portrait d’elle authentifié.

La meilleure société fréquente ce monde interlope ; plusieurs personnalités sont citées : la comtesse de Soissons et la duchesse de Bouillon, nièces de Mazarin ; le maréchal de Luxembourg ; les comtesses de Polignac, du Roure, et de Gramont ; Mmes de Vivonne et de La Mothe ; Mlles des Å’illets et Cato ; la maréchale de La Ferté ; Racine…

Portrait de François-Henri de Montmorency-Bouteville, duc de Piney-Luxembourg (1628-1695).

Les magistrats effarés découvrent que la noblesse de robe comme celle de cour n’hésitent pas à recourir à des procédés louches, qui vont du philtre d’amour bien illusoire à la poudre de succession, nom poétique pour désigner l’arsenic.
Tout ce beau monde se croit d’autant plus à l’abri de la police que la médecine est incapable de déceler la trace du poison dans les cadavres.

L’opinion publique se passionne pour ces faits divers et suit avec assiduité les comptes rendus du procès ouvert devant la grande chambre du Parlement.
Une fois la Brinvilliers exécutée, en 1676, le fidèle La Reynie ne lâche pas sa piste.
Remontant la filière, il met la main sur une certaine Catherine Deshayes, épouse Monvoisin, dite la Voisin. Spécialisée en sorcellerie, celle-ci fournit les préparations destinées à se débarrasser de personnes encombrantes.
Et ce n’est pas tout : elle lance des sortilèges d’amour ou de haine, s’adonne à des messes noires et autres cérémonies sataniques.
La Reynie découvre que cette  » star  » est conviée dans les salons de l’aristocratie parisienne.

La Voisin (v.1640-1680), estampe du XVIIe siècle

Dépassé par les événements, il s’en ouvre à Louis XIV.
Le roi, aussi inquiet que son lieutenant de police, décide que l’affaire sera traitée par une voie judiciaire rapide et efficace.
C’est ainsi qu’est créée une commission extraordinaire, la Chambre ardente, chargée à la fois d’instruire et de juger.

Réunie la première fois le 10 avril 1679, elle décide de garder l’instruction secrète afin de ne pas enflammer l’opinion publique.
Sage précaution, au demeurant, car on découvre bientôt que ce ne sont pas seulement des personnalités en vue qui sont impliquées, mais le propre entourage du souverain.
Le nom de Mme de Montespan est cité à plusieurs reprises.

Portrait de Madame de Montespan ( 1640-1707), conservé au château de Versailles (peinture de la seconde moitié du XVIIème siècle).

Louis XIV, qui se trouve alors dans les Flandres, est effondré.
Lui qui a désiré sincèrement faire toute la lumière sur cette affaire ne peut évidemment laisser se propager de telles accusations.
Il donne un coup d’arrét aux investigations, préférant laisser certains coupables échapper à la mort plutôt que de voir la mère de ses six enfants traduite en justice.

Ce qui surprend le plus dans cette histoire, c’est qu’à l’orée des Lumières, la société éclairée fasse appel à des sorciers comme au bon vieux temps de Catherine de Médicis.
A croire que la magie noire a encore pignon sur rue.
Mais de cette ténébreuse affaire va sortir quelque chose de positif : une législation sur le poison.
Le roi, qui veut en finir avec ces pratiques douteuses, devient ainsi le premier législateur dans le domaine du contrôle et de la sécurité des substances vénéneuses.

Publié dès la clôture des procès, l’édit de juillet 1682 fait de l’empoisonnement un crime puni de mort et proscrit du royaume ceux qui se disent devins, magiciens et enchanteurs.
Dorénavant, seuls les professionnels de la santé auront accès aux toxiques.

Edit du roy en 1682. Archives nationales BH/AD/484.

http://www.justice.gouv.fr/histoire-et-patrimoine-10050/proces-historiques-10411/laffaire-des-poisons-24442.html

https://www.historia.fr/laffaire-des-poisons

https://www.nationalgeographic.fr/histoire/2020/03/laffaire-des-poisons-psychose-la-cour-de-louis-xiv

https://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_des_poisons

https://www.franceinter.fr/emissions/autant-en-emporte-l-histoire/autant-en-emporte-l-histoire-18-septembre-2016

https://youtu.be/zX0J3qhFmX8

https://www.nationalgeographic.fr/histoire/2020/03/laffaire-des-poisons-psychose-la-cour-de-louis-xiv

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